1920–1929
La décennie du jazz, du dadaïsme, des Ballets russes, du Bauhaus et de la prohibition.
Les Années vingt (1919–1929) constituent la décennie la plus créatrice et la plus contradictoire de la modernité occidentale. Après le traumatisme de la Première Guerre mondiale, une énergie de reconstruction frénétique s'empare des arts, de la musique, de la mode et de la technologie : le jazz arrive d'Amérique dans les cabarets parisiens et berlinois ; le cinéma muet de Chaplin, Murnau et Eisenstein invente son propre langage ; le Bauhaus à Weimar réinvente le design ; la mode raccourcit les jupes et coupe les cheveux des femmes qui travaillent. Paris devient la capitale mondiale des avant-gardes : Picasso, Stravinsky, Hemingway, Fitzgerald, Gertrude Stein, Joyce et Dalí y coexistent dans une fièvre créatrice.
Cette décennie de prospérité apparente repose sur des fondations économiques fragiles et des fractures sociales profondes. La prohibition américaine développe le crime organisé ; la République de Weimar en Allemagne survit sous la pression de l'inflation, de la montée du nazisme et de la pauvreté de masse. Le krach de Wall Street en octobre 1929 met fin brutalement à l'illusion dorée. Mais les œuvres créées dans ces dix ans — *Ulysse* de Joyce (1922), *La Montagne magique* de Mann (1924), *Mrs Dalloway* de Woolf (1925), *Metropolis* de Lang (1927) — définissent la modernité littéraire et cinématographique pour le siècle entier. Les Années vingt sont la modernité à son zénith : jamais avant ni après la création n'a été aussi libre, aussi rapide et aussi dense.
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