1960
Premier long-métrage de Jean-Luc Godard, manifeste de la Nouvelle Vague.
À bout de souffle (1960) est le manifeste filmique de la Nouvelle Vague française, une rupture revendiquée incarnée dans sa réalisation par Jean-Luc Godard. Ce film porte en lui la marque d'une économie narrative épurée, dépouillée de l'ornement : une construction où chaque plan doit justifier sa présence, où la digression devient forme. C'est cette aversion pour l'excès de narration qui le relie de manière profonde au continent littéraire.
Son audace réside dans une alchimie cross-domaine : le film orpheline la lourdeur dramaturgique du cinéma classique pour adopter l'économie narrative d'Ernest Hemingway, ce minimalisme électrique où l'absence crie plus fort que les explications. En ce sens, À bout de souffle n'est pas tant une adaptation qu'une traduction d'une philosophie d'écriture — celle qui dit que ce qu'on montre (ou ne montre pas) importe davantage que ce qu'on raconte. Cette filiation Hemingway-Godard tisse un pont inattendu : la littérature américaine du XXᵉ siècle irrigue la révolution formelle du cinéma français.
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