1926 – 1967
Saxophoniste américain qui pousse le jazz modal vers le spirituel.
États-Unis
John Coltrane (1926–1967) parcourt en douze ans une trajectoire créatrice dont l'ampleur n'a pas d'équivalent dans le jazz : du bebop avec Miles Davis (*Kind of Blue*, 1959), au jazz modal (*A Love Supreme*, 1964), jusqu'au free jazz de ses dernières années (*Ascension*, 1965 ; *Interstellar Space*, 1967). Son saxophone ténor développe un phrasé — baptisé « feuilles de son » (*sheets of sound*) par le critique Ira Gitler — qui superpose des gammes à une vitesse qui dépasse la perception tonale et crée une texture sonore continue d'une densité extrême. *A Love Supreme*, méditation musicale en quatre parties sur la relation à Dieu après sa conversion, est une œuvre spirituelle d'une intensité comparable aux *Passions* de Bach.
La mort de Coltrane à quarante ans laisse le jazz dans un état de rupture radicale dont les musiciens ont mis des décennies à reconstruire le sens. Ornette Coleman, Albert Ayler et Archie Shepp prolongent son free jazz dans des directions encore plus extrêmes. En Europe, le jazz contemporain — le London Jazz Composers Orchestra, le Vienna Art Orchestra — relit ses dernières œuvres comme des modèles d'improvisation collective. Sa femme Alice Coltrane, pianiste, compositrice et harpiste, prolonge sa quête spirituelle dans une musique qui fusionne jazz, musique indienne et transcendance religieuse. *A Love Supreme* est aujourd'hui considéré comme l'une des grandes œuvres musicales du XXe siècle, au même titre que les symphonies de Mahler ou le *Sacre du printemps* de Stravinsky.
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